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Sempé ou l'autorité sapée ?

Photo du rédacteur: Vincent Damato
Vincent Damato
10 sept.
3 min de lecture

J’adore Sempé… Il est pour moi comme une madeleine de Prouts, l’odeur en moins…


Et j’adore ce dessin de Sempé tellement il parle d’une autre époque, normalement…


Il me rappelle à quel point le maitre autoritaire pouvait être perçu comme détestable et comme la rébellion pouvait couver au sein des classes...


Il me rappelle pourtant également les débordements de fin d’année où des élèves peuvent dégrader l’établissement qu’ils ont fréquenté trois ou quatre années de suite plutôt que d’en avoir un certain respect, ou au moins de préserver de bons souvenirs qu’il y aurait vécu… Certains ont même brûlé leurs cahiers pour exprimer leur esprit de revanche !

Cela me pose vraiment question, et m’attriste en même temps…


Cela me rappelle également à quel point on confond autorité et autoritarisme…


Depuis des décennies, la recherche pédagogique a mis en avant, cependant, l’importance du climat de classe et de la relation pédagogique dans la réussite des élèves.


Je ne souhaite évidemment pas incriminer les enseignant qui se démènent généralement tout ce qu’ils peuvent pour faire réussir au mieux leurs élèves, au milieu des remous des différentes réformes impromptues et des injonctions contradictoires et émotionnelles, souvent en réaction immédiate et sans réflexion face à une actualité parfois dramatiques…


Mais l’enseignant, tout généraliste qu’il pût être, ne peut pas savoir tout faire et sensibiliser les élèves à la laïcité ne s’improvise pas du jour au lendemain, de même que faire du théâtre ou d’affronter le choc des savoirs… cela dit, l'avantage d'un choc, c'est que ça passe vite et qu'on n'en entend ensuite plus parler...


Néanmoins, toutes ces annonces et autres orientations impulsives (et donc non réfléchies) détournent les enseignants de leur réflexion pédagogique, qui devrait pourtant être au cœur du métier.


Comment réfléchir efficacement quand le temps est petit à petit pollué par de nombreuses nouvelles tâches administratives, comme remplir des enquêtes qui n’apportent rien à l’instruction des élèves ou lorsque l’on est dans la crainte de nouvelles instructions qui peuvent tomber de manière tout à fait inattendue ?


(pour rappel l'enquête TALIS 2024 indique qu’en France, le premier facteur de stress cité par les enseignants n'est ni la discipline ni la charge de classe, mais le suivi de l'évolution des exigences institutionnelles, à 62 pour cent contre 39 pour cent en moyenne dans l'OCDE. Les tâches administratives suivent juste derrière, autour de 58 pour cent… étonnant, non ?)


Ainsi, la pédagogie, geste essentiel dans le métier, nécessite une réelle réflexion, sur le terrain, car la pédagogie d’ici ne sera pas tout à fait celle de là-bas… d’autant que les populations d’élèves ont radicalement changé ces dix dernières années, pour de nombreuses raisons qui ne sont pas que les écrans ou les réseaux…


De même, la mise en place d’une atmosphère de classe saine et respectueuse de tous nécessite une vraie réflexion éducative, afin que chacun puisse y trouver sa place et développer de vraies compétences citoyennes. Cela demande un vrai travail en continu, pas que sur des séances spécifiques et décrochées de la vie de la classe, ainsi que  la mise en place d’outils et de dispositifs visant à responsabiliser les élèves et à ce qu’ils se sentent considérés.


Là aussi, les nombreux protocoles élaborés par le Tout Haut, dont le protocole Phare, perturbent à mon sens l’éducation citoyenne au jour le jour. Je ne nie pas que ce protocole soit tout à fait indispensable. Mais il sous-entend que s’il se passe quoi que ce soit, on nous fournit un extincteur… Il serait pourtant tellement plus simple et plus porteur d’éviter qu’un feu ne s’allume…

 

P.S. : On fait autorité, notamment grâce à sa posture et à ses compétences… alors que lorsqu’on est autoritaire, on ne fait que tomber dans l’autoritarisme…

 
 
 

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